L’Histoire de Pécy – RIOBÉ et la Via Agrippa 2

L’Histoire de Pécy
En venant du Carrefour de Prévert, quand vous prenez à droite vers Pécy, avez-vous remarqué, entre les deux carrières un petit abri en pierre qui protège une affiche, ainsi que des murs qui affleurent, parallèles à la route CD 231 ?

A partir des restes de mobiliers, de vases, des pièces (30 kilos) trouvés là sur le site de Chauffour, voici l’histoire d’un des habitants de ce lieu telle que l’a reconstituée Pierre Geslin1 :

Nous sommes en 196 ou 197 ap JC
Ils arrivent…
Le dernier de tous, le cabaretier quitta la »mansio » 2 de Riobé à la tombée de la nuit. Ce n’était pas qu’il eut plus de courage que les autres, mais bien parce qu’il avait quelque chose à faire qui devait rester sans témoin.

Il avait passé les deux dernières heures seul dans sa maison, n’en sortant à intervalles réguliers que pour regarder vers le nord, sur la route par laquelle venait le danger. Mais la via était déserte. Les derniers habitants des bourgades et des campagnes situées par là-bas étaient passés les jours précédents, quelques-uns le jour même. Il n’avait eu à servir que de petits groupes de cavaliers des cohortes 3 d’arrière-garde de l’empereur de Rome, ce Septime-Sévère qui, imposé par ses légions, régnait depuis bientôt trois ans. Les nouvelles apprises de ces mercenaires germains étaient des plus inquiétantes : Clodius-Albinus, lui aussi proclamé empereur par ses troupes – six légions recrutées en Bretagne- avançait sans combat sur cette route ouverte deux siècles plus tôt, sus Auguste, précisément pour rejoindre la grande île. Les soldats, comme cela avait toujours été, se ravitaillaient directement sur le pays, sans paiement, ni douceur. Et comme, le plus souvent, les villages et les fermes étaient déserts à leur arrivée, ils se vengeaient en les incendiant.

Pour le cabaretier, la route avait été, ces dernières années, une abondante source de richesse. Une partie de sa fortune, 750 sesterces, était dissimulées dans sa maison, sous le plancher. Il avait lui-même aménagé la cache. Les grosses pièces de bronze étaient déposées dans une jarre de terre blanche épaisse et à l’encolure assez large pour qu’il puisse y passer une main fermée remplie de monnaie. Le reste de ses disponibilités, un peu plus de 400 sesterces, pesait lourdement sur sa taille et sur ses reins, dans une bourse de cuir liée à sa ceinture et à son cou. Il avait calculé, quand il avait encore loisir de faire des projets, que l’ensemble représentait à peu près le prix d’une douzaine de bovins. .. Malheureusement, le poids de cette petite fortune rendait son évacuation impossible : elle pesait autant qu’une amphore de vin. Aussi s’était-il résigné à la laisser derrière lui, dans sa maison, cachée le mieux possible, dans l’attente d’un hypothétique retour.

Il avait donc ouvert la cache, à l’abri de tout regard, comme toujours, et tenté de faire entrer la bourse dans la cavité, au-dessus de la jarre déjà presque pleine. S’apercevant que c’était impossible, il avait élargi le trou, déposant la terre dans son manteau posé juste à côté. Il avait ensuite brisé le col de la jarre et déposé la bourse.

Une partie de la terre avait servi au rebouchage. Le reste, il l’avait jeté derrière la maison en le dispersant. Puis il était revenu fermer le plancher, passer une dernière inspection pour s’assurer qu’il ne laissait rien derrière lui qui pût révéler la cache.

La nuit venait. Il partit vers le sud, vers la forêt où il comptait passer la première nuit de son exil. Déjà
Calagum 4 brûlait, au nord, à trois heures de marche.

Notre cabaretier ne semble pas être revenu dans sa maison et le trésor a été retrouvé en 1976. Des photos aériennes avaient mis en évidence un site important avec des constructions, des temples et un théatre, aujourd’hui disparus, ce qui a contribué à identifier cet endroit comme étant l’agglomération de Riobé telle qu’indiquée sur la Table de Peutinger 5, carte qui servait aux légions romaines à s’orienter.

Et la via Agrippa, me direz-vous ? Vous la connaissez bien pour la parcourir en voiture très régulièrement, elle se confond ici avec la CD 209. Sous l’empereur Octave, au Ier siècle av. J-C, Agrippa fut chargé de tracer des routes permettant aux légions romaines de se déplacer rapidement et en toute sécurité, celle qui nous occupe reliait Rome à Boulogne sur Mer en passant par Lyon, Sens et Soissons, elle permit aux romains de traverser l’épaisse forêt briarde, puis plus tard d’envahir l’Angleterre.
Cet itinéraire une fois pacifié devint un grand axe commercial, jusqu’à la fin du IIIe siècle ap. J-C. Il connut une très grande activité et une importante fréquentation de personnes venues de Germanie, Helvétie, Italie et Bretagne comme en témoignent les bijoux, poteries et les outils retrouvés sur place.
Voilà pourquoi notre cabaretier avait dû faire de très bonnes affaires.

Puis, Septime-Sévère fit payer très cher aux Gaulois leur collaboration avec l’usurpateur, les bâtiments de Riobé ont alors été détruits et brûlés, les habitants s’enfuient ou sont massacrés et la nature reprend ses droits. Les terres sont cultivées et comme le blé pousse de façon différente selon la profondeur du sol, quelques mille quatre cents ans plus tard, un aviateur prend des clichés…

1 « La Brie des Gallo-romains » Ed Amatteis p7
2 Gite d’étape
3 Unité d’une légion romaine (environ 600 hommes)

4 Chailly-en-Brie
5 Ancêtre des cartes routières, elle couvre tout l’empire romain jusqu’en Chine

N.B. Le Musée Municipal des Capucins à Coulommiers expose une partie des objets trouvés sur le site de Riobé